Le commerce extérieur est un sujet complexe et surtout sensible car il est de toutes les comparaisons avec l’Allemagne. Les résultats plus que médiocres enregistrés par notre commerce extérieur depuis 2004 – hormis quelques filières qui cachent la forêt – et par conséquent par les politiques publiques censées le doper, incitent à l’humilité.
Le problème est profondément structurel.
du nouveau (!) dans les politiques publiques
Une intervention politique récente est assez révélatrice de la confusion qui règne en la matière, et d’abord dans la réflexion préalable à toute politique publique. Le Premier Ministre et le Secrétaire d’Etat au commerce extérieur ont présenté les nouvelles mesures en faveur des exportations. L’Etat souhaite tout d’abord clarifier les responsabilités de chacun en donnant un rôle central aux chambres de commerce et d’industrie, donc aux CCIR compte tenu de la réorganisation des réseaux consulaires. Cette réorganisation avait commencé sous le règne d’Anne-Marie Idrac, past secrétaire d’Etat. Alors soit ! Qu’UBI France soit incité à coordonner ses actions avec ce réseau régional et se voit assigner des objectifs chiffrés paraît une bonne chose ! qu’on envisage en sus des Maisons de l’Export du type « guichets uniques » est affligeant. Les expériences passées ne servent décidément à rien ! Mais c’est un détail…Qu’on reprenne par contre l’antienne éculée de l’aide indispensable que les grands groupes doivent dispenser aux PME relève soit de l’impuissance avouée soit du cynisme. Bien évidemment, pour conclure, le Gouvernement est revenu aux Grands Contrats, là où la politique du commerce extérieur rejoint la politique industrielle : soutenons nos grands groupes à l’international et les PME suivront. Discours classique depuis 50 ans. Sauf que le reste ne suit plus et que les Grands Groupes s’en moquent totalement.
quelques chiffres
le Gouvernement aurait dû lire plus attentivement les travaux…de l’Etat. En effet, une étude des Douanes d’août 2010 (Le Chiffre du commerce extérieur – Etudes et éclariages n°16), particulièrement bien faite, est éclairante. Ainsi sur 100 nouveaux exportateurs en 2000, seuls 30 continuent à exporter un an après et 8 subsistent en 2009. Et ces primo-exportateurs sont en proportion de moins en moins nombreux (24% de l’ensemble des exportateurs en 2000 et 19% en 2009) alors que les échanges sont désormais mondialisés. La pérennisation à l’export augmente fortement si l’entreprise a plus de moyens, si c’est la filiale d’un Groupe, si elle est multi-produits et multi-marchés. Passionnant ensuite de constater que les primo-exportateurs connaissent une courbe de croissance très proche de celle des jeunes entreprises : démarrage rapide/plafonnement/chute s’il n’y a pas de changement de régime. Comment toutes ces données peuvent-elles être confrontées aux réalités de terrain ?
que faudrait-il faire ?
on constate une multiplicité de dispositifs d’accompagnement collectifs, voire individuels, de plus en plus performants et certainement de mieux en mieux coordonnés entre tous les acteurs possibles (UBI France, consulaires, syndicats professionnels, Régions etc.). Alors la PME participe à un salon dans un pays-cible, éventuellement trois années de suite. Bien préparées, ces participations connaîtront des résultats tangibles. Mais limités car des paliers sont rarement franchis. Parce que, pour les franchir, il faut que la PME change en profondeur sa stratégie tant exporter est profondément bouleversant : produits, services associés, management, financement, partenariats, organisation…tout doit évoluer pour s’adapter à des attentes différentes des marchés, à des prescriptions réglementaires nouvelles, à des modalités de distribution parfois contradictoires, sans compter les distances et les problèmes de langage (combien d’entrepreneurs français maîtrisent un tant soit peu l’anglais des affaires !). Sans oublier les fonds propres indispensables alors que les investissements sont pour beaucoup immatériels et l’on sait la faiblesse structurelle des PME en la matière. Comment s’étonner, dans ces conditions, que les entrepreneurs se lassent ou répugnent à exporter ? Il faut donc engager un travail de fond d’accompagnement des PME à même d’exporter, les conseiller dans l’évolution de leur stratégie (il faut donc qu’elle existe déjà, c’est un minimum) puis proposer les moyens humains et financiers nécessaires, enfin les aider, sur 7 à 10 ans, à franchir les paliers de croissance sur ces marchés tout en gardant leur place sur le marché national. Travail ingrat, long et coûteux mais payant.
Ces remarques sont encore plus pregnantes pour les start-up qui sont obligées d’être rapidement présentes sur le marché mondial ou du moins dans les principaux pays technologiques afin que leur innovation occupe le terrain. On entend trop souvent des conseils pépères comme « faites vos preuves sur le marché local et ensuite vous verrez ». C’est tout vu ! l’avance technologique se dilue vite et la start-up est atteinte de nanisme. En fait c’est généralement parce que les outils de financement n’existent pas que ces jeunes entreprises ne peuvent être présentes, dès leur création, sur le marché mondial. Signalons qu’à Montpellier, un processus simple a été imaginé : des accords ont été passés avec des incubateurs situés dans des pays majeurs (USA, Chine) selon lesquels toute start-up serait accueillie au sein d’incubateur « ami » dans les mêmes conditions que dans son incubateur d’origine. Ceci afin d’être en même temps présent sur les trois marchés phares que sont les USA, la Chine et l’Europe. Tous les problèmes n’en sont pas réglés pour autant mais cette disposition donne immédiatement une dimension « culturelle » et « symbolique » autrement plus large au projet de l’entrepreneur.
article rédigé en écoutant le piano de Fauré sous les doigts de Perlemuter. Qui joue Ravel, Fauré voire Chopin mieux que Perlemuter ? (et ce n’est pas une provocation !)
Ce blog est resté trop longtemps silencieux, écrasé qu’il était par le quotidien. Essayons de lui redonner un peu de vie ![]()
La Banque Palatine et le magazine Challenges proposent un observatoire de la performance des PME et des ETI (entreprises de taille intermédiaire) dont la deuxième livraison est arrivée en janvier 2011 (www.palatine.fr).
Ces entrepreneurs, ou du moins l’échantillon de l’observatoire c’est-à-dire 300 entrepreneurs faisant de 15 à 500 M€ de chiffre d’affaires, sont plutôt optimistes pour 2011.
La stratégie commerciale reste leur priorité absolue et c’est plutôt rassurant car les places sont âprement disputées et à une échelle mondiale. Ce qui est moins rassurant c’est leur faible appétence pour l’investissement et l’innovation (une sur deux ne réalisera aucun investissement dans l’innovation en 2011).
Est-ce dû au manque de visibilité actuel ? à une faiblesse stratégique ? à la difficulté de trouver des financements malgré le crédit impôt recherche, malgré les pôles de compétitivité et autre Oséo ? l’étude ne le dit pas…
Les entreprises les plus dynamiques en sortie de crise étant, généralement, celles qui ont investi pendant la crise, on peut s’interroger sur leur capacité d’entraînement de l’économie comme elles le font en Allemagne. Il ne suffit pas de décréter que les ETI sont désormais au centre de la politique économique, il faudra 20 à 30 ans d’efforts continus pour que l’incantation structure le tissu.
La société de conseil SEMAPHORES du Groupe Alpha a réalisé une comparaison particulièrement instructive entre les politiques économiques des Régions françaises depuis 2004 ; travail d’autant plus intéressant que cette analyse a été, dans ses grandes lignes, positive et constructive sur l’action menée par la Région Languedoc-Roussillon. Je le prends donc, à titre personnel, comme un compliment (voir ce document à l’adresse suivante Etudes Semaphores).
Quelques observations néanmoins sur ce travail :
- ce travail a d’autant plus de valeur qu’il est paru après les élections. Il a donc échappé au tumulte de débats éloignés du développement économique et permet de mieux positionner les capacités, et les limites, des Régions ; limites que la préface de Jean-Pierre Balligand et le § « notre démarche » posent correctement,
- la Région Languedoc-Roussillon n’a pas vécu la loi de 2004 – décevante quand nous reviennent en mémoire les propos préliminaires de Jean-Pierre Raffarin – exactement comme l’indique l’étude (p 6). Comme d’autres Régions, elle avait anticipé le principe d’un schéma régional de développement économique dans son programme électoral et, dès les élections achevées, par une vaste consultation régionale. Toutes les politiques de la Région Languedoc-Roussillon s’appuient d’ailleurs sur des Schémas fixant enjeux et orientations puis stratégies et programmes. Le seul intérêt du SRDE proposé dans la loi d’août 2004 était de déboucher sur la délégation d’aides d’Etat aux Régions. L’enjeu en était médiocre, la négociation fut courte et l’échec patent… Ainsi lorsque l’Etat demande un bilan de ces SRDE, chacun s’accorde à penser qu’il n’a guère de légitimité à le faire,
- beaucoup d’interrogations émergent sur la capacité de discrimination des Régions dans leur politique économique. Interrogations logiques : une analyse économique fine à l’échelle des régions doit nécessairement mener à des enjeux différents donc à des outils discriminants. Peut-être y a-t-il un déficit d’innovation et de créativité dans les services de développement économique des régions ? C’est possible. Mais c’est sans compter les moyens limités, le croisement des compétences et les contraintes légales effarantes et croissantes avec lesquelles composent les collectivités. Toutes réserves que le rapport de SEMAPHORES met en exergue. Mais je pense que cette constatation est lié aussi au « principe du microscope » c’est à dire à l’optique choisie dans le barillet. Il est logique, que dans cet Observatoire, on ne puisse descendre à un niveau de précision repérant des projets innovants et non encore déployés à l’échelle régionale. La mésoéconomie n’a qu’une audience régionale, elle peine à obtenir une audience nationale. De même que les PME, en France, aussi talentueuses soient-elles, n’ont jamais le même impact médiatique qu’un groupe même s’il spécule et persévère à détruire l’emploi. Permettez-moi de prendre, parmi de nombreux, trois exemples diversifiés en Languedoc-Roussillon (mais je suis persuadé qu’on en trouverait des brassées dans toutes les autres régions) :
- le programme européen Jeremie, un fonds de fonds co-financé par la Région et le FEDER, ne se réduit pas à la capacité de financer des fonds complétant la chaîne financière au service des entreprises de la région. C’est aussi l’anticipation de ce que pourrait être, après 2013, une modalité d’intervention des fonds européens dans nos régions après la disparition des fonds structurels ; intervention profondément rénovée, avec un effet de levier autrement supérieur à celui des subventions européennes actuelles, et pas uniquement sur les interventions en fonds propres. Jeremie a aussi pour vertu d’aider le Fonds Européen d’Investissement à élargir son champ de vision actuellement réduit à l’axe London / Bruxelles / Luxembourg / Francfort. Sur le fond et pour aux interrogations de la page 30, il est hors de question de faire reposer une politique sur le seul Jeremie ! Néanmoins, je pense, et les événements des deux dernières années le démontrent, que le problème du financement des TPE et PME sera crucial dans les temps qui viennent, qu’il faut casser les ententes qui sclérosent les milieux financiers et que la chaîne financière que nous cherchons à constituer en Languedoc-Roussillon, avec une proximité décisionnelle fixée en Languedoc-Roussillon, est une condition nécessaire. Ce n’est pas, bien sûr, une condition suffisante car une région française n’a pas la puissance d’intervention sur des masses aussi énormes que le crédit interentreprises ou le crédit court terme. Il faut savoir mesurer ses limites…
- la Région Languedoc-Roussillon considère que les exploitations et les coopératives agricoles sont des entreprises comme les autres, ayant les mêmes droits et devoirs que les autres entreprises. Exit la cogestion, exit les subventions aux investissements sans visibilité de l’entreprise sur l’aval. Avec la satisfaction de voir l’Etat en région nous rejoindre sur ce niveau d’exigence et les entreprises progressivement assimiler cette nécessité. Ces derniers mois, la Région a ainsi accompagné des coopératives viticoles dans le rachat de négociants ; opérations d’une ingénierie dont il faut imaginer la complexité juridique et financière… Malgré les difficultés méthodologiques, il serait intéressant que cet Observatoire intègre également l’agriculture.
- en économie sociale et solidaire, la convention d’affaires annuelle Coventis conjuguée à un incubateur d’innovations sociales avec un fort engagement des laboratoires de recherche ad hoc ainsi que la construction en cours d’une pépinière (la première en France) sur la zone franche urbaine de Montpellier, donnent une image radicalement différente d’un secteur trop souvent méprisé mais qui a toute sa place et sa modernité dans une région fortement attractive et terriblement touchée par le chômage.
Il est évident que ces exemples, à mon avis fondateurs d’un autre développement régional, sont peu lisibles et encore difficilement évaluables. Ils transforment néanmoins profondément le rapport, souvent craintif, des élus et des populations au développement économique.
Il faut avoir en effet l’ambition de faire émerger une nouvelle génération d’entreprises, sans réduire cette ambition aux entreprises hi-tech et plus globalement aux entreprises innovantes. Cela exige une bonne coordination des acteurs, une grande opiniâtreté depuis de nombreuses années et des compétences pointues.
En Languedoc-Roussillon, nous nous sommes engagés à le faire sur l’ensemble du territoire régional avec le filtre de la performance économique et non de la performance technologique. Ce qui nous permet d’intégrer des entreprises de l’économie dite « résidentielle » ou « vivrière » particulièrement exemplaires, comme préconisé dans le rapport.
Ces entreprises à forte croissance ont d’ailleurs été réunies dans une association dénommée LeadeR qui propose à ses adhérents des services premium qu’ils ont eux-mêmes imaginés. Il faut d’ailleurs souligner que la Région ne connaissait pas ces entreprises avant 2004 et réciproquement.
L’expérience montre que le principal problème est de faire croître ces entreprises : problème national s’il en est mais crucial dans une région où 95% des entreprises comptent moins de 10 salariés.
Passons désormais aux recommandations de l’Observatoire de SEMAPHORES que je partage globalement mais qui pose néanmoins plusieurs questions de fond :
Repenser dans sa globalité la structuration de l’économie régionale
- Je ne partage pas la recommandation d’un soutien généralisé à l’économie vivrière comme, à l’inverse, je ne partage pas le côté systématique de la démonstration de Laurent Davezies. Dans une région comme le Languedoc-Roussillon, le meilleur apport à l’économie vivrière est la démographie galopante que nous connaissons qui génère naturellement les besoins des ménages. A condition bien évidemment que les conditions d’accueil suivent le mouvement mais ceci ne dépend pas uniquement de la Région. Ainsi en Languedoc-Roussillon, le ratio de logement social est à peine supérieur à 10% alors que la moyenne nationale dépasse 14%.
Par contre je partage l’idée de Davezies que le degré d’autonomie d’une Région est fondamental dans une économie nationale plus vaste : l’action sur ce que vous appelez l’économie de masse critique est donc pour moi prioritaire. En revanche, il sous-estime le rôle du tourisme dans cette autonomisation et, en Languedoc-Roussillon, c’est une réalité tangible compte tenu de la proportion importante de touristes étrangers.
Nous assistons à un phénomène pervers depuis 2005 dans notre région : contrairement aux années antérieures qui voyaient arriver une grande majorité de personnes inactives, depuis 2005, attirés par un nouveau dynamisme, ce sont les personnes actives qui sont largement majoritaires. Les créations d’emplois sont loin de couvrir ces migrations et il est peu probable que l’économie vivrière même dopée parvienne à résorber ce déficit.
Cette « distance » par rapport à l’économie vivrière n’empêche pas un soutien actif à l’artisanat ou à l’économie sociale et solidaire sur des démarches novatrices, plus créatrices de valeur et plus valorisantes pour les salariés. Notre Stratégie régionale d’innovation a, par exemple, confié à la Maison des Sciences de l’Homme le soin de repérer les signaux faibles émis par ces secteurs
- toutes les Régions ont conscience que leur périmètre d’action et les compétences qu’elles déploient peuvent faire l’objet d’une approche globale. C’est même ce qui rend passionnant cette mission. Ainsi avoir une politique globale sur la ruralité plutôt qu’une juxtaposition de politiques non coordonnées (foncier, eau, logement, santé, économie, culture, contenus numériques etc…). Idem sur le tourisme (lycées hôteliers, formation continue, enseignement supérieur, développement des entreprises, promotion, culture, santé, sport, bio-diversité, tourisme social, oenotourisme etc…).
L’expérience montre que la difficulté n’est pas conceptuelle. Elle réside essentiellement dans les méthodes voire dans la culture des développeurs et plus généralement dans la fonction publique française persuadés que l’efficacité est contradictoire avec la globalité et la transversalité. Je n’ai pas encore trouvé la martingale donc pour l’instant c’est du bricolage…
Mieux articuler développement économique et aménagement du territoire
Tout à fait d’accord.
Je suppose que les Régions ayant désormais élaboré leur SRADDT auront de meilleurs outils d’analyse et d’action.
Le Languedoc-Roussillon connaît un phénomène de concentration démographique sur le littoral depuis plus de 2000 ans mais peu de concentration des activités économiques en elles-mêmes sauf la hi-tech sur Montpellier au plus près de la recherche. Souvent la valeur ajoutée tend à croître en se rapprochant du cœur de la métropole et réciproquement.
Le tourisme, l’artisanat et l’agriculture sont des activités essentielles pour lutter contre ces phénomènes de concentration mais l’action sur l’environnement économique reste primordial (haut débit, établissement public foncier, maisons de santé, action culturelle etc.).
Pour marquer et rééquilibrer le territoire, la Région porte en direct des Parcs Régionaux d’Activités Economiques qui sont aménagés en fonction d’un positionnement marketing précis et dans des territoires dont certains sont ruraux ou en grande dépression. Ils proposent aux entreprises des conditions d’accueil de grande qualité avec les prestations attendues alors que la qualité moyenne des zones d’activité en région est extrêmement médiocre. Le caractère exemplaire de ces Parcs a incité les communautés à revoir leur politique économique.
Débattre des questions de gouvernance
On pourrait imaginer que le Languedoc-Roussillon n’est pas naturellement un territoire acceptant une gouvernance politique de son développement économique. Ce serait une erreur : la coopération avec les services de l’Etat en région est absolument exemplaire que ce soit pour le CPER ou la stratégie régionale d’innovation, pour Campus, l’agriculture ou les pôles de compétitivité (malgré notre méfiance naturelle sur les pôles, sur leur modèle économique et sur leur avenir).
La situation est plus complexe avec ce qu’on pourrait appeler les structures intermédiaires c’est à dire les organismes (consulaires, syndicats, associations de développement…) amenés à jouer les interfaces entre les acteurs économiques et une collectivité régionale, relativement éloignée du terrain.
Complexe et très variable selon la compétence de ces structures, leur audience et leur volonté de participer à la politique régionale. Dans une région peu rompue au développement local, l’absence de ces structures ou leur incurie est un obstacle majeur à l’élaboration et à la diffusion de la politique régionale.
Ce qui, parfois, nous a amené, par exemple pour les Contrats de Filière AGIR, à susciter la création de ces structures intermédiaires.
Si la politique régionale est forte, si la structure adhère et si la Région est très présente dans la définition des enjeux et des priorités, alors le risque de saupoudrage est faible. Mais c’est une autre histoire quand toutes les collectivités souhaitent intervenir…et je ne suis pas sûr que la Loi en préparation éclairera la répartition des responsabilités.
Construire l’éventail des moyens d’action économique
L’analyse de SEMAPHORES est intéressante et méritera d’être à nouveau posée après le changement des règles du jeu institutionnelles et financières. L’arbitrage entre la lisibilité politique des aides et leur efficacité est délicate et, comme vous le soulignez, politique.
Préserver les compétences et les savoir-faire
Je suis en accord avec l’approche et la partage. Nous vivons au quotidien le drame de la viticulture mais aussi ses espérances.
Accentuer la contribution d’autres apports au développement économique
Ce § fait un peu « liste à la Prévert » : les choses sérieuses seraient l’industrie, le commerce et les services. A la marge, le développeur pourrait se préoccuper de culture, tourisme, artisanat et économie sociale et solidaire qui sont d’abord des services.
Quand on mesure la place du tourisme, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire dans l’économie nationale et la déconfiture de l’industrie (je jetterais un voile pudique sur la politique industrielle annoncée par le gouvernement voici quelques mois et renvoie vers d’autres articles de ce blog), les priorités sont évidentes.
Certes, le tourisme est encore figé à l’âge de la cueillette et nous manquons encore cruellement de vrais professionnels de l’entreprise touristique.
Contrairement à ce que vous écrivez, les territoires ne laissent pas l’initiative au privé ou à l’Etat : je ne perçois pas bien d’ailleurs le rôle de l’Etat dans le tourisme sauf dans la promotion à l’échelle mondiale. Regardez les difficultés rencontrées par les Opérations Grand Site portées par le Ministère du Développement Durable : leur principe en était intelligent, la dimension économique et les moyens affectés sont loin de répondre à cette ambition.
D’ailleurs, parfois, il vaudrait mieux que les territoires ne se préoccupent pas du tourisme en tant qu’investisseurs ou gestionnaires directs mais agissent pour que des professionnels interviennent sur leur territoire. Le tourisme a remplacé l’industrie dans l’imaginaire avec même un avantage que l’industrie n’offre pas : une présence possible sur tout le territoire. Seulement le tourisme est désormais une industrie avec le professionnalisme requis pour gérer des capitaux importants. Peu d’élus l’ont compris.
La culture, de son côté, prend une dimension économique croissante. Certes, parce qu’elle est un gros employeur, parce qu’elle a un potentiel d’attractivité non négligeable pour les touristes (cf. la dernière intervention conjointe de Novelli et Mitterrand) mais aussi, et de plus en plus, pour les entreprises, parce qu’elle est confrontée à une raréfaction des crédits publics donc à la nécessité de trouver un modèle économique qui lui soit propre dans son contexte français.
Il est probable que cet Observatoire générera d’autres commentaires ou mieux des échanges. Faisons en le pari.
Article rédigé en écoutant la sonate pour piano D 958 de Schubert par Pollini
(un must même si je préfère 1000 fois la D 959 par Lupu) puis en partie à Rome en sirotant un freddo
l’University College of London a réalisé une étude remarquable sur l’évolution du comportement informationnel du chercheur du futur (information behaviour of the researcher of the future), sur la génération Google, les attentes des jeunes par rapport à l’information, les réseaux sociaux, l’impact sur les bibliothèques de recherche etc.
Pour combattre les idées reçues…
Vous trouverez ci-après le texte en anglais
Christian Saint-Etienne, économiste émérite (aucune perfidie sous-jacente dans cet adjectif car il a commis nombre d’ouvrages ou d’articles de grande qualité, qu’on soit d’accord ou non !) a donné cette semaine une conférence sur « l’économie entrepreneuriale de la connaissance ». La forme : agréable, didactique, compréhensible par tout un chacun. Le fond : cette économie reposerait, d’une part sur une métropole créatrice, d’autre part sur quatre piliers en interaction (chercheurs, entrepreneurs, capitaux-risqueurs, facilitateurs). Certes, certes !
Nous revoilà aux heureux temps des Technopoles ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le concept date des années 80 lorsque les quelques français partis chercher fortune dans la Silicon Valley revenaient au pays expliquer la martingale. Et manifestement, nous en sommes toujours là ! Coagulation !
Les Technopoles ont obtenu des résultats, c’est indéniable et j’en sais quelque chose. Mais soyons honnêtes, dans notre beau pays, les résultats des Technopoles sont largement en deçà des espérances. Ce qui a incité l’Etat à créer les pôles de compétitivité, avec certes des moyens autrement supérieurs mais sans pour autant lever les doutes sur les résultats qui seront obtenus. Alors au lieu de seriner les vieilles recettes, peut-être Christian Saint-Etienne pourrait-il se demander pourquoi ces technopoles, ces clusters, ces pôles qui sont censés respecter les principes de l’économie entrepreneuriale de la connaissance, n’ont pas eu le succès escompté dans les 30 dernières années…
Tout d’abord, les efforts pour promouvoir l’économie, l’entreprise et surtout l’esprit d’entreprendre dans notre pays sont restés insuffisants. Un jeune sorti des études aspire à intégrer L’Oréal ou l’administration, pas une PME. Et combien de jeunes avec un Bac ou un Bac+2 maîtrisent-ils les rouages de base de l’entreprise ? et par rouage, il faut commencer par « ne pas dépenser ce qu’on n’a pas gagné ».
Celui qui crée n’aspire pas à faire grossir son entreprise. Curieusement, c’est ce que certains dénomment le syndrome « anglais » : être indépendant prioritairement et si possible faire de l’argent. Les start-up restent petites et l’innovation qui présidait à leur origine perd rapidement de sa valeur. Certes, c’est aussi un problème de moyens mais pas uniquement, c’est d’abord un manque d’envie. Il faut dire que tout décourage l’entrepreneur à manager des équipes nombreuses.
Le facilitateur, qui pourrait être un développeur, gagne progressivement ses galons. Mais il est encore, dans notre pays, insuffisamment intégré dans des réseaux d’affaires et rompu au montage d’un projet d’entreprise. Bref, il est plus habitué à gérer les obstacles avec les administrations et les institutions que les leviers de la croissance de l’entreprise.
Et puis, bien sûr, le problème des moyens. Curieuse alchimie qui repose sur les trois M (market, management, money) mais surtout sur la confiance s’établissant entre l’entrepreneur, le chercheur, l’équipe qui doit être constituée (et qui, suprême erreur, se réduit souvent à un seul homme-orchestre obligatoirement peu crédible) et les financiers.
Le gros mot est lâché : la confiance. Pas de business et pas de développement sans confiance. C’est peut-être le plus gros déficit que connaît actuellement notre pays.
Article rédigé en écoutant les chants d’Auvergne de Canteloube par Kiri te Kanawa. Ne pas se laisser rebuter par un titre qui peut paraître ringard : ce recueil recèle de pures merveilles !
Les annonces faites par le Président de la République à l’issue des Etats Généraux de l’Industrie (Marignane, 4 mars 2010) sont plus que décevantes. On pourra discuter de la pertinence de telle ou telle mesure prise individuellement. Le problème n’est pas là…
Son discours manque d’une vision d’ensemble de l’industrie dans une politique économique nationale. Comme si tous les ingrédients d’une réussite étaient d’ores et déjà réunis et qu’il ne manquait plus que 23 rustines (la liste à la Prévert des mesures du plan !) pour parachever le travail.
C’est dommage parce que la France a l’obligation de se réconcilier rapidement avec son industrie. Une industrie neuve, certes innovante et compétitive, mais aussi soucieuse de ses salariés et du développement durable.
C’est dommage aussi parce que les pouvoirs publics ont actuellement certaines intentions louables (la réorganisation de la recherche publique et les Campus, la croissance des entreprises de taille intermédiaire, le financement de l’économie…) et ce malgré la crise, mais les wagons sont pour l’instant stockés dans un coin de la gare de triage et n’ont pas été accrochés à la locomotive.
Reprenons le document.
Cinq leviers sont censés permettre à l’industrie française de relever la tête :
- mettre l’industrie au cœur d’un grand projet commun
- développer l’emploi et les compétences sur les territoires
- consolider la structuration des filières industrielles françaises
- renforcer la compétitivité des entreprises et l’innovation
- assurer le financement de l’industrie
Et relever la tête reviendrait, dans ce plan, à atteindre des objectifs chiffrés, un tantinet utopiques ! (augmentation de la production industrielle de plus de 25% et pérennisation de l’emploi d’ici la fin 2015).
On voit mal comment les mesures proposées y suffiraient et comment « cinq leviers » aussi peu mobilisateurs pourraient mettre l’industrie en tête des préoccupations nationales. Ce qui est une pourtant une nécessité absolue…
Colbert est toujours vivant !
En fait, le problème est d’abord culturel. Les pouvoirs publics, depuis la seconde guerre mondiale, sont restés globalement dans un schéma « colbertiste » : l’industrie est pilotée par l’Etat, partenaire de grandes entreprises et initiateur de grands projets dans lesquels on retrouve ces mêmes grandes entreprises qui ont pour vocation à entraîner les PME/TPE du pays dans une grande dynamique.
Tous les rapports publiés par l’Etat depuis des années sont marqués par ce paradigme. A titre d’exemple, le rapport Beffa du 15 janvier 2005, une des réflexions ayant conduit aux Pôles de Compétitivité, porte ce sceau. Et on s’étonne que les PME participent peu aux Pôles et que la majeure partie des crédits mobilisés par les Pôles profitent majoritairement aux grandes entreprises !
le système a montré ses limites
Tout d’abord parce que le libéralisme s’est progressivement imposé dans le paysage français et européen. Le vrai, pas celui à la carte uniquement quand la France est intéressée ! Le Président de la République a bien senti cette contrainte pesant sur l’expression d’une politique industrielle puisqu’il en prône une européenne (mesures 2.1 et 2.2). Pas sûr que la Grande-Bretagne, toujours viscéralement opposée à ces « grands machins » européens, et l’Allemagne, probablement échaudée par la charge de Christine Lagarde contre ses choix économiques et convaincue de la pertinence d’un schéma industriel antithétique de celui de la France, soient bien enthousiastes à partager nos projets stratégiques.
Ensuite parce que, l’industrie n’ayant pas su rester attractive et un discours unique s’étant imposé, la population est convaincue que l’industrie allait être avantageusement supplantée par les services publics et privés. Là aussi, l’Etat a senti la nécessité que l’industrie reconquière le cœur des français et inventé pour ce faire la « semaine de l’industrie » (mesure 4) qui s’apparente plus, entre Frédéric Chopin et l’assassinat d’Henri IV, à une commémoration dont notre pays est si friand qu’à un grande élan vers l’avenir impliquant les jeunes, cible prioritaire. L’appropriation de l’industrie doit être une préoccupation permanente qui ne se limite pas à une semaine par an. Combien d’étudiants finissant leurs études, parfois même en écoles d’ingénieurs, aspirent-ils à travailler dans l’industrie et surtout dans des PME ?
Le Président de la République et les media fréquentent plus des capitaines qui ne sont plus d’industrie mais de finances, que des responsables de PME exemplaires. Il y en a pourtant beaucoup dans ce pays. Les Etats Généraux étaient censés leur donner la parole ; je peux attester que ces conclaves locaux n’ont servi qu’à recycler de vieilles lunes.
Enfin parce que l’Etat s’est évertué à défendre ses grands champions alors que leur capacité d’entraînement de l’économie française était désormais singulièrement amoindrie. La crise actuelle le démontre : les grandes entreprises ont rapidement recommencé à engranger les profits et l’économie nationale reste durablement en panne.
Je ne nie pas la nécessité que ces entreprises maintiennent leur place dans le concert mondial et que l’Etat soit plus exigeant lorsqu’il a un fauteuil au conseil d’administration (mesure 6). Mais je m’interroge par contre sur leur capacité à façonner notre industrie à venir et sur l’intérêt à les placer au centre de toutes nos préoccupations.
l’industrie de demain avec de nouvelles entreprises
Une politique industrielle doit d’abord se préoccuper de la capacité de notre économie à générer de nouvelles entreprises industrielles, compétitives, plus souples et plus réactives, proches du potentiel de recherche et plus innovantes, tournées rapidement vers les marchés internationaux, plus adaptatives que les grands groupes, capables de grossir rapidement ou d’alimenter les ETI, mais aussi susceptibles d’inventer d’autres rapports sociaux et de s’adapter aux exigences du développement durable.
On cherche désespérément dans les annonces de Marignane la place faite à ces champions de demain.
Dans le même esprit, je suis très interrogatif sur le souci permanent d’organiser tout ce petit monde en filières (mesure 11 : créer des comités stratégiques filières) car les filières sont toujours vécues comme un système vertical avec les grandes entreprises en haut puis la dégringolade des sous-traitants…et des marges. C’est peut-être encore le cas des filières dans lesquelles l’Etat garde la main (aéronautique, automobile). C’est beaucoup moins vrai ailleurs mais les entreprises qui les composent ont quand même besoin d’une politique publique.
Les filières explosent parce que les marchés se croisent, parce que les meilleures innovations proviennent de la convergence de technologies et de plus en plus rarement de systèmes verticaux, parce que les compétences des salariés deviennent de plus en plus évolutives….
Une politique industrielle doit donc marcher sur deux jambes : les filières et les entreprises mais en examinant ces deux logiques du point de vue de la PME existante et à venir.
Je sais bien que ce n’est pas la culture des ingénieurs des Mines qui maîtrisent le Ministère de l’Industrie. Alors il faut changer de culture mais en y mettant plus de formes que ceux qui s’y sont déjà brûlés.
C’est avec cette approche qu’une Conférence Nationale de l’Industrie (mesure 1) peut s’avérer intéressante ou du moins potentiellement novatrice.
Les mesures préconisées prennent aussi en compte l’importance d’une action au plus près du terrain (mesure 9 : fédérer la gestion de l’emploi, mesure 13 : projets structurants en région, mesure 16 : information des PME) sans toutefois être capable de mesurer ce qu’ont déjà réalisé les Régions, autre acteur incontournable d’une politique industrielle, en faveur des TPE et PME. C’est aussi le cas de la mesure 14 (garanties ou prêts bonifiés sur des process plus propres et compétitifs) que certaines Régions ont déjà abordé avec la BEI.
L’Etat n’a pas, manifestement, tiré les leçons de l’échec de l’art. 1 de la loi du 13 août 2004 (possible délégation aux Régions des aides d’Etat aux PME), ni pris la mesure de ce qui se passe sur le terrain.
A trop vouloir centraliser, on rate un train déjà parti. Mais l’Etat trouvera bien le moyen de le ralentir avec sa nouvelle Loi sur les collectivités…
terminons sur le financement
Je mets de côté tout ce qui concerne les observatoires. Il y a tellement d’observatoires – version renouvelée de la commission Théodule – dans notre pays qu’il faudra bien un jour qu’on crée un observatoire des observatoires !
Les mesures 18 (pérenniser le remboursement anticipé du crédit-impôt-recherche pour les PME), 19 (fiscalité sur les brevets) et 20 (fonds d’investissement France Brevets) me paraissent nécessaires même si le CIR devrait être réservé aux PME industrielles.
Le projet d’un fonds d’amorçage destiné aux start up issues des universités et grandes écoles (mesure 17) en s’appuyant sur les incubateurs « Allègre » est une bonne idée quant au principe. Espérons que ce ou ces fonds auront plus de réussite que leurs prédécesseurs créés au détour du siècle ; peu d’incubateurs ont fait affaire avec eux. Pour citer un exemple, l’incubateur de Montpellier, le business innovation center, reconnu comme un des meilleurs en France et dans le monde, n’a jamais vu intervenir un de ces fonds d’amorçage alors que 13 sociétés européennes de capital-risque sont intervenues dans les deux dernières années.
En ce qui concerne les velléités d’orienter le crédit et l’épargne vers l’industrie, problème crucial entre tous, les modalités de la mesure 21 sont renvoyées à une date ultérieure. Démonstration faite qu’on peut bricoler le moteur qu’on veut, il manque de plus en plus du fuel dans ce moteur. Les banques ont reconstitué leurs marges et récompensé leurs traders, se sont empressées de reprendre le chemin de la spéculation et se détournent des entreprises qui leur paraissent risquées et peu profitables. Du moins plus risquées et moins profitables que d’autres opportunités.
Il est indispensable de trouver des solutions massives. Vite.
Article rédigé en écoutant « Les fées du Rhin » opéra peu connu d’Offenbach par l’orchestre national de Montpellier dirigé par Layer. Très sympa avec d’excellentes interprètes féminines Schörg et surtout Gubisch
Excellente étude de Lilas Demmou publiée par la Direction Générale du Trésor et de la Politique Économique (février 2010) sur ce problème essentiel ! (certaines annexes très techniques peuvent être survolées). Par contre, la différenciation régionale n’est pas prise en compte ainsi qu’un phénomène auquel tout développeur est désormais confronté : le rejet croissant de l’industrie par les populations donc par les élus (nuisances, craintes des délocalisations…). L’industrie n’a pas bonne presse…
Alors que les règles du jeu tardent à se faire connaître, le Grand Emprunt ou emprunt Sarkozy agite les esprits. Tous les Campus, les pôles de compétitivité, les centres de recherche évaluent leurs chances d’avoir la manne. Les premiers éléments confirment mon article du 9 décembre : pas d’heureux élu qui ne sera en prise directe avec des entreprises, probablement importantes, capables de mobiliser rapidement les crédits.
Un point de vue de Pierre Tapie…
…paru dans Les Échos d’hier revient, fort justement, sur les principes de base de cet emprunt. Tout d’abord en opposant le concept de technology push qui sous-tend cet emprunt au market pull qui devrait prévaloir. Critique qui me semble pertinente et qui a déjà été opposée aux pôles de compétitivité. En effet, il est rare qu’un projet présenté par un pôle de compétitivité ait fait l’objet d’un business plan préalable. Mal bien français ! il faut supposer que l’argent public investi peut s’en dispenser. Il est évident que l’innovation résulte souvent de la convergence, parfois organisée, souvent aléatoire, de technologies parfois hi-tech, souvent low tech, en réponse à un signal du marché. Une organisation très verticale n’est donc pas la plus efficiente.
D’accord aussi avec Pierre Tapie sur la pertinence de 5 ou 6 sociétés de valorisation comparées à une vingtaine. D’autant que ces 5 ou 6 SATT vont être des usines à gaz, à monter et à gérer. Faudra-t-il d’abord mettre tout le monde d’accord sur le partage de la propriété intellectuelle entre l’université et le centre de recherche ! qui innove, qui héberge etc. ..nous ne sommes pas arrivés…
D’accord également sur la ségrégation stupide entre innovation technologique et innovation tout court. La France, pays d’ingénieurs, n’imagine pas que le tourisme, activité plus que majeure, peut innover et d’ailleurs doit le faire pour résister à la pression concurrentielle. C’est comme en politique industrielle, nous en sommes restés aux grands défis des années gaulliennes. L’État n’a toujours pas compris que chaque entreprise, tertiaire, industrielle, commerciale, était en mesure d’innover dans le sens où l’innovation est un acte permettant à l’entreprise de se différencier sur son marché ! Elle est même en obligation de le faire.
Je suis un peu moins enclin à suivre…
…le constat de Pierre Tapie sur l’immatériel se passant du territoire. Théoriquement il a raison : « les créatifs sont mobiles dans leur tête ». Mais l’expérience montre que les échanges par réseaux dématérialisés ne sont pas suffisants et que les repères physiques, les lieux de rencontre sont tout aussi importants. Ce n’est pas uniquement un réflexe de développeur inquiet de la dématérialisation des richesses donc de la volatilité des investissements et des emplois induits. Non ! c’est la demande des « innovateurs » eux-mêmes. Comme si, justement, cette dématérialisation demandait une contrepartie plus physique, plus cocoon. Certes la concentration à outrance n’est pas une nécessité surtout lorsqu’elle conduit au repliement sur une thématique et plus on concentre, plus on transforme en blockhaus. Néanmoins des lieux de rencontres libres sont indispensables et les colloques internationaux n’y suffisent pas…
Enfin, dernier item traité par Pierre Tapie, les fonds d’amorçage. Il plaide pour qu’une partie du Grand Emprunt soit destiné à des « structures de capital d’amorçage universitaire ». Je ne sais pas bien ce que pourrait signifier ce type de structures. Gérées par qui ? l’État qui met l’argent ? les universitaires ? des professionnels ? les fonds d’amorçage créés jusqu’à présent sont loin d’avoir donné des résultats probants. En fait le problème n’est pas là car de toutes manières l’État voulant investir dans des fonds de capital-risque ou d’amorçage est soumis à des contraintes tout aussi prégnantes que celles des banques. Si l’acte fondateur du capitalisme, c’est à dire l’investissement « à risque » dans une entreprise qui peut créer beaucoup de valeur, n’est pas fait par les capitalistes, on marche sur la tête ! Quitte à ce que l’État améliore nettement les dispositifs fiscaux permettant à ces capitaux de se porter vers des fonds d’amorçage plutôt que vers la spéculation. Et c’est vrai que c’est plus que nécessaire puisqu’on estime que les fonds dédiés à l’amorçage sont de 4 à 5 fois plus importants au Royaume-Uni qu’en France (étude IFRAP). Le gap à combler serait de l’ordre de 7 milliards d’euros par an, bien plus que le Grand Emprunt ne pourrait supporter. Raison de plus pour faire appel à la fiscalité !
Article rédigé en écoutant les Gurrelieder de Schoenberg, un des plus grands chefs-d’œuvre du XXème siècle dans l’interprétation d’Osawa (c’est à mon avis la meilleure comparée à celles de Boulez, Rattle, Chailly, Inbal ou Salonen. Mais je ne connais pas celle d’Abbado)
Série d’articles intéressants dans le Monde daté du 30 janvier ; intéressants dans le sens où chacun essaie de poser le débat et les contradictions du problème, mais les solutions restent dans les limbes.
La contribution de José Bové, si elle a le mérite de rappeler les limites de l’agriculture productiviste et la nécessité d’une meilleure appropriation par l’agriculture des progrès scientifiques du développement durable, appelle de ses vœux une planification européenne de l’offre et de la demande avec un prix plancher qui laisse dubitatif. Autant il est aisé de constater les disparités de revenus entre pays, régions, agriculteurs et types de cultures, autant une organisation de niveau européen, si tant est qu’elle serait acceptée par les pays d’Europe du nord, me paraît totalement inapplicable. Un tel système, encore plus complexe que la PAC qui a largement montré ses limites et son manque de transparence, aurait autant de chances de fonctionner que celui du Gosplan aux grandes heures soviétiques. La volonté de « répartir équitablement la production entre pays, régions et paysans » part d’un bon sentiment totalement éloigné de l’état d’esprit qui règne au sein de l’UE et même au sein des milieux paysans eux-mêmes.
L’article de Jean-Christophe Bureau décrit les positionnements des forces en présence (Etats, Commission et syndicats professionnels) ainsi que des think tanks qui préconisent que l’argent public doit financer du « positif » c’est à dire des prestations de biens publics fournis par les agriculteurs. Ces derniers se retranchent plutôt derrière la nécessité de fonds publics pour soutenir le revenu et compenser les charges. En fait, sous-tendue dans cet article, on retrouve la question lancinante des missions des paysans et du partage de la richesse en fonction des missions réalisées. En cela, l’article de Nicolas-Jean Brehon pose parfaitement le problème : « l’agriculteur se pose avant tout en producteur de matières premières. Le reste ne le concerne pas ».
Or il est un fait que l’agriculture française, aussi puissante soit-elle, a su peser sur les politiques grâce à un fonctionnement multi-lobbyiste dans lequel elle se prend elle-même les pieds, mais pas sur la chaîne de l’alimentation donc sur le lien direct avec le consommateur, ses attentes et ses besoins, d’une part, sur les prix donc sur la répartition de la valeur, d’autre part. Or, si elle le voulait, elle a les moyens humains, techniques et organisationnels de changer de cap. Changement culturel qui nécessiterait des dirigeants exceptionnels ; elle en a déjà eu.
Article rédigé en écoutant Cinderella de Prokofiev interprété par André Previn à la tête du LSO. Une excellent musique motoriste pour écrire sur l’agriculture
La dernière livraison d’INSEE Première sur la pérennité des jeunes entreprises (janvier 2010-n°1274) est particulièrement intéressante car elle sort (un peu) des sentiers battus en croisant par exemple les motivations des entrepreneurs, leur expérience ou la présence d’un comptable avec leurs chances de réussite. Un tableau des chances de pérennité vient utilement compléter le panorama.
La pérennisation des jeunes entreprises est essentielle pour le développeur. Quand on sait la masse de travail, les angoisses et les sacrifices financiers qui président à la création d’une entreprise, l’échec est naturellement traumatisant voire catastrophique financièrement et humainement. Et tout échec retentit comme un échec du territoire : le développement local doit être synonyme de zéro déchet !
l’indispensable accompagnement
Au delà de tous les paramètres relevés par l’INSEE (âge, expérience, montant des fonds investis etc.), je voudrais insister sur ce qui me semble incontournable : l’accompagnement puis le suivi du créateur. J’entends par là un travail régulier et approfondi pour valider les différentes facettes du couple porteur/projet, avant et après la création de l’entreprise. Toutes les études montrent qu’un suivi de ce type améliore plus que sensiblement les chances de réussite…même dans les cas les plus difficiles. Ainsi le BIC (acronyme anglais de Business Innovation Center ou Centre Européen d’Entreprises et d’Innovation) de Montpellier qui a obtenu le prix du meilleur incubateur mondial à Seattle en 2007, a un taux de pérennité à cinq ans de 74%. Et ce taux est stable depuis plus de vingt ans que cet incubateur existe, alors que les entreprises accompagnées sont uniquement dédiées aux nouvelles technologies avec les risques inhérents.
…et un accompagnement de qualité…
Il ne suffit pas de faire cet accompagnement. Encore faut-il qu’il soit de qualité ! C’est-à-dire que le développeur, l’assistant technique ou le consultant aient les compétences humaines et techniques nécessaires. C’est rarement vrai… Il faut aussi parfois inciter le porteur de projet à suivre des formations pour compenser ses carences. Beaucoup de porteurs de projet maîtrisent l’aspect technique de leur projet, rarement la gestion voire le management. Entrepreneur et accompagnateur peuvent donc sans faillir ni frémir recourir à la formation continue. De nombreux outils, gratuits et disponibles sur internet, permettent également d’assister le développeur dans sa tâche. Pour les avoir lancés, je recommande ceux du BIC de Montpellier :
- le premier permet de manière simple d’aider le porteur de projet à comprendre les étapes de la création de son entreprise et d’éviter de boutonner le dimanche avec le lundi : www.creer-une-entreprise.com
- le second plus technique permet la réalisation du plan d’affaires. Très complet, il a été plébiscité par les entrepreneurs et les développeurs : http://eco.mbp.montpellier-agglo.com/#KLINK
- le troisième permet de gérer les premiers jours de la création soit, comment passer d’un exercice de réflexion et de négociation avec les partenaires financiers à la dure réalité : www.demarrez-votre-entreprise.com/
Mais l’accompagnement doit se prolonger plusieurs mois après la création. Dans ce cas, le parrainage par un chef d’entreprise aguerri s’avère être une excellente solution car le message passe souvent mieux entre entrepreneurs. Il ne faut pas hésiter non plus à ouvrir son carnet d’adresses, son réseau, au service de la jeune entreprise. Le suivi n’est donc pas uniquement du fait du développeur mais de celui d’un environnement humain porteur et dynamique.
…sur le long terme.
Curieusement, beaucoup pensent que l’accompagnement doit se poursuivre pendant deux ans (c’est le temps pendant lequel une jeune entreprise devrait rester en pépinière bien que, souvent, elle reste beaucoup plus longtemps) voire trois ans. L’expérience montre que la « jeune » entreprise rencontre fréquemment des difficultés vers la 7ème année de son existence : ayant passé avec succès le démarrage et le premier développement, elle se retrouve alors devant des choix de développement (avec les problèmes financiers qui s’y rattachent) ou de stabilisation (avec le dilemme « qui n’avance pas recule ! »). Bref, jamais tranquilles !
article rédigé en écoutant le quintette avec piano op 81 de Schumann, interprété par Luisada et le quatuor Talich. Good trip
Après l'ESCP et diverses expériences en entreprises, je suis depuis plus de vingt ans spécialiste du développement local et régional.